Last Kiss

Je ne l’avais pas souvent vue.  Distance, temps et cran pour aller lui rendre visite, les trois piliers de la protection contre les dangers comme explication universelle à l’éloignement physique.

Mais malgré tout, les liens familiaux ne sont pas seulement physiques. Elle m’a accompagné,  par son existence.

Sa région, le froid, le labeur de force et la crise économique.  Son mariage, union de deux pays après cette deuxième foutue guerre.  Les enfants, et la disparition du père.  Vivre, reconstruire et faire vivre ses petits.  Le froid, le labeur de force et la crise économique.

Les traces de toute une vie, de toutes ces vies.  L’héritage immatériel qui nous ai cédé à la naissance.  Le pourquoi de mes faiblesses, mais surtout les racines de mes forces.  Elles viennent de l’arbre familiale,  qui des racines nourrit les branches, et des feuilles continuera à grandir.
Une odeur.  Cette cigarette qu’elle n’a jamais quittée. Une dépendance qui était son signe d’indépendance.  Tout aura été essayé, mais ses chaînes étaient bien moins lourdes que celles du renoncement à son choix.  Je pouvais reconnaître les courriers qu’elle m’envoyait par cette odeur de tabac froid,  mais unique. 
De ses doigts, elle assurait la subsistance.  Le textile comme fournisseur des patates quotidiennes.  Une machine à coudre, achetée dans ses premiers années maritales, mais toujours en état de marche.  De ce cadeau, tant de vêtements remis en état, puis plus tard, tant de créations.  Car même pendant sa retraite, ses doigts continuèrent à créer, pour ses enfants, petits-enfants, ami-e-s. 
Peinture sur soie, crochet, tricots.  Tellement d’objets, malheureusement perdus au gré des vississitudes de la vie, mais dont le souvenir visuel, olfactif et haptique sont toujours là.

Elle a pu voir tous ses arrières petits enfants,  bien entendu j’étais le dernier encore une fois à les lui présenter.
Puis la semaine dernière, j’ai pu l’embrasser, une dernière fois, à demi consciente. 
Ses enfants ont pu se réunir juste à temps pour lui donner un dernier au revoir. Elle a tenu jusque là. 
Et elle s’est éteinte juste après, loin de sa région froide, mais dans la région honnie de mon enfance et adolescence.

Réunion de famille, premières rencontres entre cousins depuis nos premières respirations.  Un dernier adieu dans sa région.  Et une lecture, où un apôtre dont son patronyme me sert de demi-identité, explique que l’amour n’est pas qu’effusion, mais c’est aussi des actes.  Et que la marque et la place laissées dans un coeur compte autant qu’une présence physique auprès d’une personne.  Je n’ai pas été souvent présent auprès d’elle, mais je suis sûr qu’elle savait qu’elle comptait pour moi.

Merci, Mémère.

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