La spatialisation auditive

Au gré des balades numériques, nous pouvons tomber sur des lolcats ou des clips vidéos du passé européen. Mais on peut également trouver des articles de fond. Soyons d’accord, c’est le côté underground des internets. Il faut chercher longtemps, trouver les bons tags, traîner dans des fora fréquentés par des créatures poilues, …

Par le plus grand des hasards, je tombe donc sur un article sur la spatialisation haptique .
Je l’ai lu. Je n’ai pas tout compris. Il y a des mots qui dépassent les trois syllabes. Mais il m’a interpellé. Car le point de départ de cette article était de montrer que la spatialisation n’était pas seulement visuelle. C’est le sens évident. Mais dans l’art en particulier, il y a d’autres composantes à prendre en compte.

Je ne pourrais pas écrire aussi bien que l’auteur de cet article. Alors je me suis posé la question suivante :

Quand est-ce que l’on mange ?



Pardon.

Peut-on parler de spatialisation auditive ?

Je me permets de croquer dans un réglisse en écrivant. De cette manière, je réponds à la première question. J’ai donc écrit la moitié de mon billet !!!!!

T’es où ? Je ne t’entends pas.

L’idée derrière la spatialisation est d’appréhender un volume dans l’espace. Soit le localiser, le “mesurer”, identifier sa présence ou son absence.

Dans le cas de la vue, pas de problème pour expliquer. Les yeux nous permettent de réaliser ces différentes tâches très rapidement. Mais attention, la vision peut être facilement bernée, il suffit de penser aux illusions d’optiques et autres supercheries visuelles.

Le toucher aussi va nous permettre d’appréhender les formes, la textures, mais aussi les mesures et la distance.

Pour le goût et l’odeur : j’ai échangé sur ce sujet par mail. Et je pense avoir démontré que ces sens aussi peuvent entrer en jeu dans la spatialisation, mais d’une manière beaucoup moins directe que les deux précédents sens.

Maintenant, nous allons pouvoir passer au son.

Odieux fil

De tout temps, nous avons cherché à nous rapprocher du meilleur son possible pour la restitution des instruments ou des voix. Les progrés technologiques nous ont permis de nous rapprocher de plus en plus de la justesse. Il y a même un groupe particulier d’humains à la recherche du son parfait, de la restitution des fréquences sans compromis, l’audiophile. Il a un super pouvoir, qui est de pouvoir entendre les fréquences humainement inaudibles, et de s’extasier sur sa restitution par le dernier équipement dernier cri acheté après des mois de recherches éperdues. Avant qu’un de ses congénères ne lui fasse remarquer, dans une sorte de joute pour l’obtention de la position alpha, que sur cette bande spectrale particulière, il existe un petit défaut, tout de même.
Mais pour stopper le plus rapidement cette digression, je ne vais dire qu’une seule expression : musique encodée par un format compressé.

Voilà, j’ai perdu tous les audiophiles qui auraient eu le malheur de me lire.

Continuons.

Au début, le son était monophonique. Toutes les pistes sortaient exclusivement sur le même périphérique de sortie. Mais très vite, nous nous sommes rendus compte que nous avions deux oreilles. Et que comme pour les yeux, il y avait une utilité.

En effet, l’écartement des yeux nous permet de voir le monde en trois dimensions. Les deux images reçues sont décalées de quelques centimètres, et elles nous permettent, une fois reconstituées, d’avoir un rendu spatial. Si nous prenons maintenant les oreilles, et bien c’est la même chose. L’intensité différente d’un même bruit en fonction de l’oreille réceptrice va nous donner une première localisation : gauche ou droite.

D’où l’idée de génie (apparemment, l’un des premiers à l’avoir eue fut notre émérite pilote Clément Ader !) d’utiliser deux hauts-parleurs, et d’envoyer des sons différents, de chaque côté de l’oreille. Et la stéréophonie est née.

La démocratisation de cet effet est passée entre autre par le fabuleux “Dark Side of the Moon” des Pink Floyd. Tout le monde va penser à “Money” bien entendu. Mais je vous conseillerai juste d’écouter à la place “The Great Gig In The Sky” et “Eclipse”.

Nous pouvons donc appréhender le premier pan de la spatialisation, par la latéralisation. Et les jeux qui peuvent en découler. Par exemple, le déplacement d’un son. Écoutez par exemple la fin de “Karma Police”, et le dernier son qui vient s’écraser sur vos pieds.
Les Pink Floyd, encore, juste avant leur disque lunaire, nous ont donné un bel exemple d’utilisation de la spatialisation de la musique. Pour cela, il est nécessaire d’écouter la version d' »Echoes » qui se trouve dans « Echoes – The best of Pink Floyd ». Un subtil travail de retouches à été réalisé. Je vous conseille alors de vous attarder sur une transition, entre la sixième et la septième minute. Le solo de Gilmour fait place à une rythmique syncopée, quasi funk. Sur cette version, j’ai cette sensation de déséquilibre qui apparaît par l’intermédiaire de la stéréo, qui va balayer le souffle épique de la guitare par la lame des membranes oscillantes des hauts-parleurs qui ordonnera le placement distinct de la basse et de la batterie. Net, sans équivoque. Donc déstabilisant sur le coup.

Comme cela n’était pas suffisant (et que l’audiophile a un besoin irrépressible de nouveau matériel… bon, j’arrête, promis), le nombre de hauts-parleurs augmenta : 5.1, 7.1, …  Le son vient maintenant de partout, de l’avant, de l’arrière, du dessus, du dessous, de ton siège, de ton …

Cette première partie a permis de couvrir tous les aspects de la restitution spatiale du son. Intéressons nous dans la prochaine partie aux manières de nous localiser grâce au son.

Je suis là, m’écoutes-tu ?

Il est possible de localiser un objet en fonction du bruit. Derrière, devant, latéralité, nous pouvons fixer la provenance sans problème.

La vitesse de propagation des ondes acoustiques dans l’air est connue. Dans les conditions habituelles, sa valeur ne varie guère. Ainsi, les soirs d’orages, où le ciel devient le terrain de jeu de phénomènes électriques, il est possible de calculer la distance nous séparant du point d’impact, en comptant les secondes se déroulant entre le flash reçu par nos yeux et le bruit arrivant à nos oreilles. Malheureusement, cette technique ne peut être appliquée aux coups de génie, qui ne peuvent être localisés. On doit donc les attendre, gentiment.

La sirène de l’ambulance se rapproche lentement avec son cri aigu. Le souffle du véhicule frappe mon visage. La lumière bleue aveuglante s’éloigne petit à petit, d’une voix grave qui progressivement s’étouffe. Toute cette introduction pour parler du fameux effet Doppler. Le déplacement du référentiel bruyant en fonction du référentiel récepteur va faire varier la fréquence du signal sonore. Par conséquent, en plus de la localisation spatiale, il est possible de ressentir la vitesse et la direction de déplacement d’un objet sonore.

L’audition est un des outils utiles pour appréhender l’espace. En le comparant avec la vision, une de ces forces est qu’il n’est pas utile que l’émetteur soit “visible”. Mais outre sa complémentarité avec la vue, l’audition peut être aussi un allié pour les autres sens.

Écoute ce tissu comme il est doux

Le soleil avait décidé de laisser passer ces rayons à travers les persiennes ce matin. Une de tes jambes, découverte par la chaleur de ce début de journée, était finement zébrée par la projection des lamelles. Le frôlement du drap sur la peau fit frémir tes mains et mes tympans. Du bout des doigts, je remontais les notes du vibraphone lumineux placé sur tes cuisses. Tes fesses et tes reins basculèrent en direction du matelas, ta chevelure caressant subtilement l’oreiller. Le doux bruit du satin qui t’avait habillée cette nuit annonça le début de la danse de l’éternité.

Le son peut également être relié au toucher. L’exemple précédent démontre qu’il est possible de reconnaître, ou tout du moins resentir le type de textile porté.

Peut-on alors relier également le goût à l’audition ? C’est un lien moins direct. On peut facilement se souvenir d’une chanson, d’une ambiance sonore en pensant à certains plats. Par exemple, les bruits d’un vendeur de fruits et légumes dans un marché. Le son de la baguette qui glisse dans un sac à pain à la boulangerie. Ou la musique jazzy devant une poire-chocolat fondu (Merci J. pour cette idée !).

Et ce dernier exemple va me permettre d’enchaîner avec la dernière partie de l’article, sur l’espace dans la musique

Space de musicien

J’ai déjà légèrement survolé le sujet dans la première partie. En effet, certains effets permettent de donner à la musique une impression de remplissage de l’espace. En la rendant mobile, englobante, puissante, …

Mais la notion d’espace dans la musique peut prendre des tournures plus abstraites.

Un haut-parleur diffuse un épais rideau de cordes et de peaux tendues, soutenu par une ou plusieurs voix. Les émotions vous submergent, comme une grande vague oceanique. The wall of sound. Un procédé qui sera utilisé pour créer une ambiance grandiloquente et solennelle. Heureusement, de nos jours, cette mascarade n’est plus utilisée… Rêve pieu.

L’oreille interne contient le système vestibulaire qui gère l’équilibre de notre corps. Comme vous êtes des lectrices et lecteurs assidus de ce blog, et que votre capacité mémorielle est supérieure à la moyenne, vous devez vous souvenir de ma série d’article sur la Zone (lien). Cet état altéré de la conscience joue sur la perception de la musique. En particulier, un des effets est l’apparition d’une sensation de déséquilibre. La musique peut donc jouer sur les outils nous permettant de gérer notre posture en fonction de l’environnement.

Miles disait que la musique, c’était ce qui se trouvait entre les notes. Le silence ? Je pense plutôt à ce qui relie les notes entre elles. En physique, les vecteurs des interactions sont appelés les bosons. Les photons, les gluons, les Z0, W- et W+. Pourrait-on alors définir un « boson » de l’interaction musicale ? Cette particule lierait les notes entre elles, formant alors une toile nous permettant de nous mouvoir dans l’espace créé par la partition. Entre chaque note, le boson nous empêcherait de tomber. Soit en tirant une voie dégagée entre chaque note. Soit en jouant de notre équilibre, en nous faisant pencher dangereusement dans le vide avant de nous rattraper au dernier moment, l’adrénaline submergeant le cerveau par les oreilles. La musique peut alors devenir le lieu de création de territoire. Connu comme inexploré. A découvrir seul, ou dans lesquels se laisser guider. Et le musicien devient un terraformateur. A l’image de la nature et de ses mouvements propres, il va créer un paysage idéal, savant. Ou alors chaotiques, sauvages. Pourrait-on alors rapprocher la tectonique des plaques avec l’émergence des courants musicaux ?

Pour finir avec ce paragraphe de digression, voici une liste non exhaustive de titres de chansons évoquant l’espace. Choix totalement subjectif et assumé.
David Bowie – Space Oddity
Pink Floyd – Astronomy domine
Kyuss – Spaceship Landing
The Pixies – Space (I believe in)

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Une réflexion sur “La spatialisation auditive

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