La Zone-Director’s Cut

Je pensais naïvement que je ferai un post simple, rapide sur ce sujet. Puis finalement, les idées s’enchaînant, j’ai préféré partir sur une autre option, le billet de post en plusieurs parties. Pour qu’ils vous soient moins indigeste, et pour me permettre d’étayer ma thèse. Et puis pour faire languir. C’est bon d’attendre !

La première partie est une introduction au concept de “Zone”. Non, ce terme ne va pas désigner ces endroits effrayant la bourgeoisie, repère géographiquement mouvant et entouré d’un mur invisible. Et ce n’est pas non plus la nouvelle web-série qui va tout cartonner. Pour le savoir, je vous invite à lire les prochaines lignes.

“Être dans la Zone”

Le jeu vidéo a une capacité d’immersion particulière. On reçoit, mais on agit également sur le déroulement de ce que nos yeux vont percevoir et envoyer au cerveau.
Certains jeux vont avoir un gameplay basé sur les réactions rapides, soit pour ne pas perdre, soit pour aller plus vite, … Joué sur le réflexe, c’est faire ressortir l’instinct de survie. Croix, Croix, Haut, Droite, Croix, Rond, …
L’autre force de ce média est l’utilisation de différents vecteurs jouant sur les différents sens : la musique, le graphisme, l’haptique, … Tout combiné, il est possible d’expérimenter un état où le cerveau en flux continu dirigé les yeux et les doigts, absorbant la musique.

Certains jeux, dits “difficiles”, ont cette capacité à nous pousser à nous surpasser. Mais également à jouer avec les outils précédemment cités. Il est alors possible d’entrer dans “la Zone” : le niveau qui se refusait à vous se libère sans problème, presque trop facilement. Mais la musique devient notre peau, nos mains, notre cerveau et nos yeux sont les seules parties du corps restantes.

C’est une expérience personnelle, impossible à reproduire. Ce qui en fait sa beauté. Mais voici tout de même certains jeux vidéo reconnus pour leur faculté à faire connaître cette sensation : “WipEout”, “Hotline Miami”, “Super Meat Boy”, les danmaku… Je peux confirmer que j’ai vécu cette expérience sur au moins deux des quatre jeux précités.

Pour une présentation plus détaillée de ce phénomène, mais également si vous voulez tout savoir sur WipEout, je ne peux que vous recommander d’écouter ce podcast, proposé par l’équipe de “JeGameMoiNonPlus” .
Bon sinon la musique dans tout ça
Veuillez pardonner cette introduction. Elle me semblait nécessaire afin de vous parler de ce que j’ai vécu plusieurs fois, musicalement.

Précisons. Je n’ai jamais vécu ce phénomène lors de mes écoutes de disques. J’ai l’habitude de toujours écouter de la musique en réalisant une autre tâche à côté. C’est mal, peut-être. Par contre je l’ai vécu trois fois lors de concerts. De trois façons différentes.

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Deuxième partie. Première expérience.

Funk. Chaleur. Sueur

Je ne me souviens plus de l’année. J’avais réussi à faire venir mon épouse à un concert sur Paris. C’était en été, ou pas très loin. Il faisait beau, petite tenue, fatigue de la chaleur. Le Bataclan nous attendait. J’aime cette salle. Petite, bon son, …

Maceo Parker. Légende du Funk.

On se place près d’un petit muret en coin. Elle, devant moi, pour que je puisse la protéger de la foule. La salle est pleine. Il fait chaud. Le concert commence. C’est magique, même mon petit cul arythmique commence à bouger. C’est obligatoire en fait !
On chante, on se balance. Il fait chaud. Maceo blague avec Fred Wesley. Les morceaux mythiques s’enchaînent. James est là, toujours. Tous les corps semblent totalement élastiques, fluides. Il fait chaud.

Le solo de saxophone. Les autres instruments assurent le groove, le souffleur est là pour l’intensité. Le solo, c’est l’improvisation. L’impro, c’est le don de soi. Les premières notes posent les bases pour l’auditeur, et pour les doigts du solitaire. Je m’agrippe à ses hanches. Pour lui assurer mon soutien. En réalité, pour m’accrocher au plancher. La rythmique mid-tempo, le souffle du cuivre, la sueur et les ondulations de son corps. Les ingrédients qui ont contribué à me faire basculer dans « la Zone ».

Mon corps s’est réduit aux quelques organes indispensables pour l’expérience. Les mouvements de nos corps me semblaient démultiplier, que ce soit spatialement ou haptiquement. La musique devient un fluide vital. Le sang transporte l’oxygène. La musique ici conduit le rythme et l’énergie de la Terre. Je suis devenu le diapason de Gaïa . Les notes de musiques deviennent alors familières. Je pouvais les sentir avant qu’elles ne soient soufflées.

A la fin du solo, tonnerre d’applaudissement. Le moment idéal pour redescendre, et retrouver pleine possession de son corps.

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Troisième partie, deuxième expérience. On va changer le décor, la bande-son. Et on va plonger dans la musique de l’un des génies musical du vingtième siècle.

“Why Does It Hurt, When I Bloooogggg ?”

Les vrais savent déjà de qui je veux parler. Et prennent dans leur main soit une bière, soit une paire de sein. (si si, je vous vois).

Zénith de Paris. Le fils de “qui vous savez” (clin d’oeil appuyé sur les touches du clavier) a décidé de faire découvrir, ou redécouvrir la musique de son Daddy. Parce qu’elle le vaut bien, parce qu’elle n’a pas pris une ride, parce qu’elle est … OK, j’arrête, je ne suis pas objectif.

Dweezil a donc décidé de montrer un groupe pour reprendre ces morceaux, ces monuments. La musique de Papa Frank n’est pas à la portée de tous les musiciens. Et ceux recrutés pour l’occasion sont excellents. Mais quand on joue avec la nostalgie, faire replonger dans le contexte de l’époque est important. Les invités seront la caution authenticité du concert. Napoleon Murphy Brock au chant. Terry Bozzio à la batterie.

Bien placé, assis, face à la scène. Le concert est délicieux. Les morceaux sont choisis avec soin. La soirée déroule son menu. Les guests défilent, sur leurs morceaux phares. “The Black Page” pour Terry, forcément. Arrive alors M. Steve Vai. Cet artiste donne vie aux guitares. Elles respirent, parlent, pleurent, rient, courent, … Entendre “Lotus Feet”, “For The Love of God” en concert pourraient faire pleurer Chuck Norris. Si.

“Zomby Woof”. Une histoire délirante de monstres. Le groupe en place, presque hilare. Presque parce que les parties musicales sont quand même infernales. Et puis arrive LE SOLO (j’ai essayé de vous effrayer. C’est très compliqué de faire sursauter à l’écrit. Donc j’ai capslocké.)

Je ne pensais pas basculer aussi rapidement. Là, les premières notes m’ont fait tourner la tête. Tenues, modulées par le vibrato. Les oreilles, les yeux, c’est tout ce dont je me souviens au niveau sensoriel. Mon cerveau s’est retrouvée envelopper dans un papier de soie. Pour amortir les chocs successifs. Je flotte, je deviens une onde, je suis une lame d’air. Au fur et à mesure, je réponds aux déplacements successifs des sons de la guitare. Je ne fais plus qu’un avec la musique. Un des points essentiels dans le phénomène d’ ”entrée en zone”, être en fusion avec le média.

Fin du solo. Le corps reprends possession du reste. Un peu déséquilibré, mon céant assis sauve ma peau et mon honneur.

Expérience différente de la première, oui. La musique, passons. La surprise cette fois-ci. Le précédent texte montrait une montée progressive à destination de la Zone. Là, c’était une chute. Douce. Mais les symptômes étaient présents : fusion, hyperfocalisation de certains sens, une sorte de transformation du corps.

Des questions peuvent rester en suspens. Mais ne soyez pas trop pressé. La suite arrive. Avec la troisième expérience ?

En attendant, savourez !

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Quatrième partie, troisième … ben non. J’ai bouleversé un peu le programme. Pour répondre à une question qui peut tarauder les lecteurs : Quelle est la différence entre la Transe et la Zone ?

Que t’arrive-t’il, tu zones ? Non, je suis en transe, pire !

En effet, certains symptômes semblent identiques. Le fait de devenir “autre chose” que son corps. La musique, qui semble animer de nombreuses cérémonies collectives comme les concerts, peuvent l’être.

Mais les différences sont en réalité énormes. Premièrement, la transe est souvent recherchée. Que ce soit les transes chamaniques, de la Pythie ou autres, il y a une volonté plus ou moins délibérée. Dans le cas de La Zone, ce n’est pas volontaire. Les musiciens ou les développeurs de jeux vidéo ne recherchent pas spécifiquement à faire atteindre cet état. D’autres facteurs rentrent en jeu, personnels et contextuels, qui eux ne sont pas maîtrisés.

Le phénomène collectif est lui aussi inexistant. Chacun peut entrer dans la Zone à des moments différents, et même souvent ne jamais y entrer. C’est une expérience personnelle, mêlant la perception sensorielle du spectateur à son état (mental, physique, psychique) à un moment donné. Totalement non reproductible.

Enfin, la transe a pour racine latine transire, soit “passer, partir”. En prenant les deux précédents exemples exposées, lorsque l’on entre dans la Zone, je ne suis pas parti de mon corps. Il s’est “anamorphosé”. Seuls les organes nécessaires pour ressentir la musique semblaient être encore présents, et plus réceptifs.
Au lieu de sortir du corps, le passage dans la Zone est la fusion du message avec le récepteur ou l’émetteur. On ne fait alors plus qu’un avec les vibrations acoustiques.

Regardez moi dans les m O_O ts

J’ai eu une discussion fort intéressante il y a peu. Pour respecter son anonymat, nous l’appellerons Venus. Son Herminence m’a alors ouvert les yeux sur une interprétation possible de cet état.
L’hypnose est considérée comme un état modifié de la conscience. Différentes techniques d’induction peuvent être mises en oeuvre pour l’atteindre : la mise en confiance lente, la confusion,… La Zone est-elle alors une forme d’hypnose ? En se basant sur les deux éléments précités, la réponse semblerait positive. On ne perd pas sa conscience, elle s’hyperfocalise. Et la musique par le côté répétitif, ou bien langoureux, ainsi que la puissance du son, ressemblent à des méthodes d’induction.

Et maintenant, je peux vous sembler troubler. La musique pourrait-elle être un moyen de modifier l’esprit, la conscience ?

Bien entendu !

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Sur ce je vous laisse en compagnie d’un cube en 4 dimensions, parfait pour faire la transition avec la suite.

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Cinquième partie, et troisième expérience. La plus récente et la plus étrange a priori, de par sa brièveté et le contexte.

Rouler sur la djent

1er mai. Le Nouveau Casino. Paris. Je vais fêter le jour férié en regardant des anglais et des américains travaillaient la nuit. Douce ironie.
Periphery et TesseracT. Mes deux derniers gros coups de coeur dans la catégorie Metal-Progressif. Je ne pouvais pas manquer ce concert de djentlemen.
La première partie est correcte. C’est le tour de TesseracT. Les membres du groupe s’occupent de brancher leurs matériels. Ce n’est pas encore la logistique des grands groupes et j’apprécie.
Les notes de guitare commencent à résonner comme des claviers. Ce groupe est l’un des plus fins que j’ai pu entendre dans cette catégorie de musique particulièrement… bruyante.

Leur premier album présente un morceau concept, découpé en plusieurs parties. « Concealing Fate » . Chaque partie est une étape.
Comme tout concept-album, il y a des mouvements qui se répètent, pour donner une identité commune. La deuxième partie, nommée “Deception”, et la troisième, “The Impossible”, possédent un moment très particulier. Une cassure dans la rythmique en double croche. Ces mesures donnent une sensation de déséquilibre mêlée d’un relâchement de la tension accumulée.

Une nouvelle fois sans m’y attendre, je vais pénétrer dans la Zone. Je connais la structure de la chanson. Je sais que le moment va arriver. Mais la puissance du son accompagnée de la ferveur des spectateurs fait monter en moi l’attente, le désir de ressentir le déséquilibre.
Le temps s’est alors arrêté. Le reste de la foule, les musiciens bougeaient, mais je sentais que mon référentiel ne possédait plus d’axe lié au déroulement du temps. Je suis devenu un corps flottant dans un vide imaginaire. Le temps m’a ensuite rejoint à la fin de cette interlude, et le concert a continué, normalement.

Cette expérience a présenté de nombreuses spécificités. Premièrement sa brièveté. Quelques mesures, quelques secondes. Emmenant à la seconde particularité, la modification peu profonde de la conscience. Seule la sensation de suspension de temps est apparue. En dernier lieu, ce phénomène en réalité se reproduit. Pas en concert, mais en écoutant le disque ! Si vous êtes attentifs, d’abord je vous félicite. Deuxièmement, je vous apprécie (vous avez bon goût). Troisièmement, vous allez dire : “Mais, je croyais avoir lu que ce phénomène ne pouvait avoir lieu que lors d’un concert, comme annoncé dans la première partie ?”

Que répondre.

Que je suis ému d’avoir des lectrices et des lecteurs aussi perspicace. Que l’on a le public que l’on mérite. Que j’essaie de noyer le poisson en flattant votre ego.
Oui.
Vous êtes perspicaces.
Oui.
Je me contredis.
Oui.
Mais.
Je peux faire ce qu’il me plaît ici. Je sais, cet argument est vide de sens. En réalité, je ne revis pas à l’identique l’entrée en Zone. Juste la sensation de déséquilibre. La phase de suspension de temps n’est plus là. Donc ce n’était qu’une demi-affirmation fausse. Donc je peux être pardonné. Parce qu’en plus d’être perspicaces, vous êtes généreux.

Dans la suite, vous trouverez les liens vous permettant de vous faire une idée de mon état sensible :

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